Soutenir la mission sur une terre perdue

2025 Fianarantsoa

Ville d’environ 200’000 habitants, Fianarantsoa a la renommée d’être le terroir du vin et du thé. Elle est aussi promue « pépinière d’intellos », avec une impressionnante présence d’écoles. 214 séminaristes internes et 100 externes fréquentent le Grand Séminaire. J’ai eu l’opportunité de rencontrer le Préfet des études, Père Jean Berlin, également très préoccupé par cette corruption qui ronge le pays. Avec un peu de patience, une audience m’a été accordée par Mgr Filgence, évêque de Fianarantsoa.

18 kilomètres séparent Fianarantsoa à Sevaina où réside la Communauté des Sœurs Cœur Immaculée de Marie. Aucun transport public rallie ce petit village de montagne ; la moto est le meilleur moyen de se déplacer sur la piste en terre, très glissante en période de pluie. Mais actuellement, c’est la sécheresse qui sévit dans ce coin de pays. Les cultivateurs composent la quasi-totalité de la population ; beaucoup sont incapables de payer l’écolage de leurs enfants, ce qui met en péril les écoles de la Communauté, soit 425 élèves, de la maternelle au lycée. Une réunion de parents sera organisée très prochainement. La qualité de vie des religieuses s’est bien améliorée depuis le rafraichissement de la peinture intérieure et extérieure du bâtiment où elles résident ; tout est plus claire, tout est plus chaleureux. Elles remercient infiniment notre association d’être les auteurs de cette rénovation. D’autres frais se pointent à l’horizon pour cette Communauté à très petits revenus ; les toits d’une école et de la cuisine extérieure ont des fuites, le frigidaire des médicaments et des vaccins au dispensaire est à bout de souffle, quatre Sœurs sont atteintes d’hypertension artérielle, les médicaments sont chers. Notre association fera tout son possible pour secourir cet établissement oh combien apprécié dans ce coin de terre perdu.

Située à 7 km de la ville de Fianarantsoa, la léproserie de Marana, gérée par les Sœurs de St Joseph de Cluny depuis 1911, accueille annuellement 130 lépreux. Cette terrible maladie n’est malheureusement pas prête à être éradiquée dans ce pays en souffrance ; la malnutrition, l’hygiène et la promiscuité en sont les principales causes. Le Centre est situé en pleine nature, entouré de 90 hectares de belles forêts, propriété de la Communauté. Chaque lépreux ou familles de lépreux vivent dans de petites maisons disséminées dans le voisinage de l’hôpital. La Communauté fournie la nourriture et chacun à sa propre cuisine, à part les impotents qui mangent à la cantine. Les légumes proviennent principalement de l’immense jardin potager entretenu en partie par les résidents valides. Autrefois refoulés des familles, ces malades ont toujours la vie dure ; « on reste méfiant des anciens lépreux » m’informe Sœur Dr Odette, responsable de la léproserie.

2025 Fianarantsoa – Mananjary

Quatre heures de routes nationales en piteux état, quatre heures de piste en terre sans entretien, deux heures d’attente dans les gares routières, telles sont les conditions pour rendre visite à la Communauté des Sœurs Missionnaires et Adoratrices de la Sainte Famille. Ici, dans cette campagne éloignée de tout, il faut souvent marcher des heures pour atteindre certains villages, m’informe le Père Chrysostome, Curé de 26 Paroisses dans ce secteur avec un autre Confrère. Les Sœurs ont mis en place un petit internat pour les jeunes élèves les plus éloignés (plus de deux heures de marche) de l’école de la Communauté. Un projet d’extension de l’internat est en cours ; notre association désire y participer, dans la mesure de ces moyens financiers. Actuellement, le dispensaire tourne au ralenti, les gens sont pauvres, ils ne viennent consulter qu’en cas de maladies graves. Les parents payent, en partie, l’écolage de leurs enfants avec la fourniture de riz. Sœur Marie Odette, responsable de la Communauté, remercie notre association pour l’offre de dix bancs destinés à la chapelle de la Communauté ainsi que du matériel religieux. Jusqu’ici on priait les genoux au sol, ce qui était bien inconfortable pour les Sœurs âgées particulièrement. La Chapelle est un lieu de recueillement quotidien, les religieuses y passent en moyenne trois heures/jour.

Le trafic de camions à bétail est particulièrement dense sur l’axe routier (RN7) nord-sud. On y transporte principalement des zébus vers la capitale, destinés à l’abattoir. Les conditions de transport de ces pauvres bêtes sont cruelles ; la tête et la queue de chaque bovin sont solidement attachées sur le haut des ridelles empêchant ainsi l’animal de pouvoir se coucher, le transport peut durer plus de 48 heures, sans manger ni boire. Il n’y a souvent pas de rampes de déchargement, l’animal est contraint de sauter du camion avec le risque de rupture des jambes. Aucune pitié, aucune protection des animaux sur cette grande île.

La Sœur responsable de la grande forêt à Marana n’étant pas à la Communauté lors de ma visite, je suis retourné une demi-journée pour procéder à un martelage et instruire les bases de la sylviculture en compagnie de Sœur Berthine et du gardien de la forêt.

Sœur M. Jocelyne est la jeune responsable (36 ans) de la Communauté des Petites Servantes du Sacré Cœur de Jésus à Mananjary. Elle gère ses responsabilités avec une grande aisance. Elle est infirmière et s’occupe, entre autres, des prisonniers malades. Elle est très triste de l’arrêt de l’aide alimentaire contre la malnutrition de l’organisme GRET. Construite pour 165 personnes, la prison abrite aujourd’hui plus de 800 prisonniers. Une centaine de détenus souffrent de malnutrition sévère : au menu, une portion de manioc cuit à l’eau, une seule fois/jour. On dort sans couverture, le corps à même le béton. Les pauvres, quelques fois innocents, n’ont pas d’argent pour être défendus par un avocat. Ils pourront souffrir des mois, voir des années dans l’indifférence totale des Autorités.